Le myſtère de l’hémicycle Épiſode 1 La méthode du profeſſeur Quenouille Perſonnages par ordre d’apparition (interprétés par Sultan Rahi) : — Édouard Herriot, préſident de la chambre des députés. — Les députés de la Chambre. — Jean Oſſola, député des Alpes-Maritimes. — Alexander Tweedledee, détective. — Brian McBeamiſhTumtum, journaliſte au Blackford Herald. — Eudes Romarin dit La caſtagne, patron du biſtroquet des copains. Échantillons ſonores : — Viens poupoule, Félix Mayol, enregiſtrement de 1934. — Nid d’amour, par Hector Pellerin, enregiſtrement ſur cylindre de 1921. — Ripples, A Serenade, American Symphony Orcheſtra, enregiſtrement ſur cylindre de 1909. — Bar atmoſphere — Not So Buſy.wav, par Fogma, 14 juin 2006. Cet extrait ſonore eſt ſous licence Creative Commons Sampling Plus 1.0. Pour plus d’information, veuillez vous adreſſer là : http://creativecommons.org/licenses/sampling+/1.0/ La méthode du profeſſeur Quenouille Scène 1 L’hiſtoire commence en France en 1925, un après-midi du mois de mai, à la chambre des députés. Le ſujet du jour y eſt l’adoption d’une loi ſur l’habillement de l’armée et en particulier du choix des fourniſſeurs de fourrures pour les uniformes militaires. On comprend l’agitation des députés... Édouard Herriot : Meſſieurs... meſſieurs... je vous en prie... Je laiſſe la parole au député des Alpes- Maritimes, monſieur Jean Oſſola. Jean Oſſola : Miſter ſpeaker, the beſt deciſion ſeems to be the Poſſum induſtry. Yes, furs from this animal are exactly what we need : cheap, good quality...* Édouard Herriot : Attendez... Euh... Monſieur Oſſola, vous allez bien ? Jean Oſſola : Sorry Miſter ſpeaker, I don’t underſtand ‽** Édouard Herriot : C’eſt une blague, c’eſt ça. Dites-moi que c’eſt une blague ! Jean Oſſola : Huh... well, but I think that we need to talk about poſſum furs... oh, I’m not feeling well... I’m going to faint... urgh.*** Jean Orſolla s’évanouit. Scène 2 Le biſtroquet des copains. McBeamiſhTumtum s’aſſied face à Alexander Tweedledee. Alexander Tweedledee : Ah, quelle bonne ſurpriſe, Brian McBeamiſhTumtum, bonjour, comment allez-vous... euh... yau de poêle ? Brian McBeamiſhTumtum : Sir ? Very well indeed. What did you ſay ? Alexander Tweedledee : Sans importance... Ah, Brian, nous ſommes en France ici. Parlons donc français voulez-vous. Brian McBeamiſhTumtum : D’accord. Garçon de café : Chers Meſſieurs ; monſieur prendra quelque choſe ? Brian McBeamiſhTumtum : Well... je prendrais bien un taſſe de thé. Garçon de café : Madame Simone, une autre taſſe de thé pour ces gentilſhommes... Cher monſieur, devant l’attente, et en tentant de divertir plutôt que d’ennuyer votre perſonne, je vous prierai humblement de répondre à quelques petites queſtions afin de ſatisfaire pleinement les exigences que notre clientèle, et je ne doute pas du fait de votre appartenance à la crème de cette dernière, eſt en droit d’attendre d’un établiſſement tel que le « Biſtroquet des copains ». Permettez-moi donc de vous poſer les queſtions ſuivantes: D’abord, déſirez-vous un nuage de lait, du ſucre ou d’autres compléments à cette noble boiſſon ? Enſuite, puis-je oſer demander ſi monſieur eſt bien inſtallé ? Brian McBeamiſhTumtum : Je... oui oui, merci. Et je veux bien d’un nuage de lait et deux ſucres. Vous êtes bien aimable. Garçon de café : j’ai été formé à bonne école. Monſieur Tweedledee veut-il accompagner ſon ami dans la conſommation d’une autre boiſſon préparée avec amour par mon épouſe, véritable cordon bleu du zinc ? Alexander Tweedledee : Ah ah, oui, volontiers, la même choſe s’il vous plait. Mais appelez-moi Alexander, mon cher ami Eudes. Pas de chouquettes**** entre nous. Allons Brian, ne vous étonnez pas. Notre ami Romarin... Eudes Romarin : Eudes Romarin, autrefois connu ſous le doux nom de La caſtagne... Serait-ce trop préſomptueux de demander la permiſſion à Monſieur Alexander de me préſenter moi-même ? Alexander Tweedledee : faites-donc mon ami... faites-donc... Eudes Romarin : Je vous remercie. En effet, ce n’eſt qu’à la ſuite d’incidents malheureux, erreurs de jeuneſſe, folle jeuneſſe, que mon reſpect à la fois de l’humain et de la bienſéance eſt né. Oui, et ce n’eſt pas ſans honte que je vous dis ça. A l’époque de mes vingt ans, j’étais Eudes La Caſtagne, un dur à cuir, un véritable apache ; un gars qui aurait vendu ſa mère au plus offrant. Je dis ça mais, fort heureuſement pour elle, je ne l’ai pas connue. Mes pauvres parents ſont morts pluſieurs années avant ma naiſſance, ce qui ſemble non ſeulement improbable, mais, et les plus grands ſcientifiques vous le dirons, complètement impoſſible. Ah, le myſtère de la création! Du coup j’ai été élevé par ma tante maternelle, brave femme mais bien incapable de ſurveiller un gamin comme moi. (bruit de taſſe) Merci dame Simone. La rue m’a appris bien des vilaines choſes. Très vite j’ai été entraîné dans la ſpirale de la délinquance. Vous ſavez ſûrement ce que c’eſt: on fait un petit caſſe avec des amis dans une petite banque de province, pour donner un peu plus de piment aux vacances ſcolaires, et puis de un on paſſe à deux, trois, quatre caſſes par vacances ; de loiſir on paſſe à métier à plein temps. Et puis on voit plus grand, Paname bien ſûr, mais auſſi Clermont Ferrand, Montargis, Orléans, la banque interopérationnelle de prêt des Côtes-du-Nord, oui, vous avez bien entendu. Enſuite, la profeſſion étant ce qu’elle était et la concurrence faiſant rage, j’ai dû partir de Ménilmuche pour aller voir le monde, m’élargir vers l’International. En quelques années j’étais devenu une pointure dans le métier. Et puis vous ſavez ce que c’eſt: la guerre. C’eſt moche la guerre. Je m’en ſuis plutôt bien tiré, vu que je ſuis là devant-vous à vous parler. Bien ſûr, ça a été dur pour les affaires mais j’avais trouvé en remplacement un boulot pour le compte d’une perſonnalité dont je préfère taire le nom, pour ne pas provoquer de ſcandale. Il était pas bien joli ce boulot: étant devenu croque-mort, j’étais chargé de lui livrer des cadavres pour je ne ſais quels expériences... bon ſang c’eſt pas des jolis ſouvenir tout ça... Brian McBeamiſhTumtum : Oh my... Eudes Romarin : bon laiſſons cela de côté. Après la guerre, l’homme dont je tairai le nom ayant diſparu, je me retrouvais rapidement en priſon pour mes crimes. Le lobby des Pompes-funèbres, il eſt puiſſant le lobby des Pompes-funèbres dans notre pays, hélas et, ayant oublié de renouveler mon adhéſion au ſyndicat des métiers du cimetière, je me retrouvais cinq ans en priſon, rejeté par tout un corps de métier. Mais je ſuis bien tombé. La priſon où l’on m’envoyait était d’un genre nouveau. La réhabilitation par le bon goût, le raffinement et des bains d’eau glacé, méthode unique du profeſſeur Quenouille, fut un franc ſuccès. A ma ſortie de priſon, il y de cela deux ans déjà, j’étais un homme neuf, un homme plein d’amour pour ſon prochain, pour les bonnes manières et le lavage à l’eau froide. Brian McBeamiſhTumtum : c’eſt étonnant, je n’ai jamais entendu parler de cette méthode. Eudes Romarin : non mais ça c’eſt normal. La méthode a été abandonnée. Sur un total de trois mille cinq cent individus je fus le ſeul et unique à donner un réſultat poſitif. Enfin, pour être plus juſte le doute ſubſiſte concernant Guſtave Leforeſtier, Le fameux cannibale des guinguettes, qui a réuſſi à s’évader avant l’ultime contrôle médical. Le fait qu’il ait mangé trois gardiens avant de diſparaître dans la nature me laiſſe néanmoins dubitatif. Mais j’ennuie ſûrement ces meſſieurs. Brian McBeamiſhTumtum : Pas du tout. c’eſt tout bonnement faſcinant. Je bois littéralement vos paroles. Alexander Tweedledee : Vous direz d’ailleurs à madame Simone que ſon thé, que je bois auſſi littéralement mais avec un nuage de lait, eſt excellent. Eudes Romarin : Je n’y manquerais pas. Sur ceux je vous laiſſe meſſieurs, au plaiſir de vous ſervir. Brian McBeamiſhTumtum : Quel charmant perſonnage. Alexander Tweedledee : N’eſt-ce pas. Un homme de confiance qui m’a déjà tiré de pas mal de mauvais pas lors de cette affaire des cambrioleurs de la rue Mouffetard. Brian McBeamiſhTumtum : À ce propos, ſi je viens vous voir aujourd’hui ce n’eſt pas par ſimple viſite de courtoiſie, mais bien pour vous propoſer une travail, un enquête... de la plus haute importance. Alexander Tweedledee : Allons donc. Parlez mon ami, je ſuis tout affirmatif*****. Brian McBeamiſhTumtum : Si vous le dites. Vous avez entendu parler de cet incident à la chambre des députés ? Alexander Tweedledee : le député qui eſt tombé dans les pommes ? La politique françaiſe a quelque choſe d’intriguant et de cocaſſe à la fois. Vous avez l’explication de cet épiſode ſurprenant ? Brian McBeamiſhTumtum : l’explication non, mais la certitude que l’incident eſt plus important qu’il n’y paraît. Regardez ces deux journaux : le Blackford Herald de cette ſemaine, avec mon article et celui de la ſemaine dernière. Alexander Tweedledee : Je reconnais votre ſtyle d’écriture en effet. Étonnant, tout ſimplement étonnant. Vous voulez dire qu’un incident équivalent s’eſt produit à la chambre des communes la ſemaine dernière ? La coïncidence eſt tout bonnement étonnante. Brian McBeamiſhTumtum : Ce n’eſt pas qu’une ſimple coïncidence. De quoi parlait le député français lors de l’incident et en anglais? Alexander Tweedledee : D’uniforme militaire. De fourrure même. Brian McBeamiſhTumtum : … fourrure de quel animal ? Alexander Tweedledee : Poſſum, ſoit en français, opoſſum. Brian McBeamiſhTumtum : Et le MP parlant français s’eſt exprimé en quel terme avant de s’évanouir ? Alexander Tweedledee : « J’aime beaucoup les opoſſums ». Bon ſang, c’eſt beaucoup trop étrange et perturbant pour être une ſimple coïncidence. Brian McBeamiſhTumtum : Alexander, ſi je ſuis venu vous voir, c’eſt avant tout parce que je ſais que vous êtes un grand détective. J’aimerais que vous enquêtiez ſur ce myſtère. Si vous acceptez, une ſomme de deux cents livres ſera miſe ſur une compte bloquée à votre nom juſqu’à l’âge de votre retraite et tous vos frais ſeront pris en charge par le Blackford Herald. Alexander Tweedledee : Y compris les chocolats ſuiſſes ? Brian McBeamiſhTumtum : Y compris les chocolats ſuiſſes. Voici une avance de cinquante livres ; l’affaire vous intéreſſe-t-elle ? Alexander Tweedledee : Il ne faut jamais dire non à un chocolat ſuiſſe. J’accepte. Brian McBeamiſhTumtum : Très bien. nous reſterons en contact via le rubrique des mots croiſés du journal. Pour commencer votre enquête, allez donc voir à cette adreſſe le député de la Guadeloupe que j’ai interrogé après l’incident de la chambre. Dites que vous venez de ma part ; il devrait s’y trouver vers midi, comme à ſon habitude. C’eſt non ſeulement un ami mais auſſi quelqu’un qui a ſa petite idée ſur l’affaire. Alexander Tweedledee : Gratien Candace, ſquare de la décapitation, 15 avenue de l’Ancien régime ; ah la poéſie françaiſe! Je n’y manquerai pas. Et... euh... eſt-ce qu’il y a une avance poſſible ſur les chocolats ſuiſſes ?... Notes: * Pour les auditeurs et lecteurs non-anglophones qui aimeraient comprendre ce qui ſe paſſe, nous allons tenter de traduire les interventions du député des Alpes-Maritimes : « Monſieur le Préſident, la meilleure alternative ſemble être l’induſtrie de la fourrure d’oppoſum. Oui, les fourrures venant de cet animal correſpondent tout à fait à nos attentes : bon marché, bonne qualité... » ** Continuons donc dans notre lancée: « Je vous demande pardon monſieur le préſident, je ne comprends pas ‽ » *** « Euh... eh bien, je penſe qu’il eſt néceſſaire de parler des fourrures d’oppoſum...Oh, je ne me ſen pas bien... Je vais m’évanouir... argh. » Ceci dit, le ’argh’ peut avantageuſement être remplacé pa un « beuh » ou autre « gnieu ». « Argh » c’eſt pas mal, ça exprime aſſez la détreſſe et l’état de moleſſe de l’individu. **** Les puriſtes préféreront utiliſer « pas de chichi ». Les puriſtes ont tendances à brider la création artiſtique. Je profite de cette note de bas de page pour faire comme ſi j’étais ſur une tribune et pour m’en prendre à ces puriſtes qui muſellent l’imagination du peuple. ***** Ou plutôt affirmatïfe, puiſque en lieu et place d’ouïe.